Les changements climatiques augmentent le risque de catastrophe
Les changements climatiques peuvent augmenter le risque de catastrophe de différentes manières : en modifiant la fréquence et l’intensité des aléas, en affectant la vulnérabilité aux aléas et en changeant les schémas d’exposition.

Les changements climatiques amplifient le risque de catastrophe ; ils renforcent l’aléa tout en diminuant la résilience des ménages et des communautés.
Les changements climatiques désignent des modifications du climat perdurant au moins plusieurs décennies et liées à des causes naturelles ou à l’activité humaine. Les changements climatiques modifient déjà la fréquence et l’intensité de nombreux aléas météorologiques tout en augmentant la vulnérabilité et en affaiblissant la résilience des populations exposées qui dépendent des terres arables, de l’accès à l’eau et de la stabilité des températures moyennes et des précipitations. Les changements climatiques pourraient également entraîner des modifications dans la répartition géographique des aléas météorologiques, susceptibles de créer de nouveaux schémas de risque.
Selon une nouvelle mise à jour publiée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les températures mondiales devraient atteindre des niveaux record au cours des cinq prochaines années, en raison de la rétention de chaleur par les gaz à effet de serre et du phénomène naturel El Niño. Entre 2023 et 2027, il y a 66 % de chances que la température moyenne annuelle à la surface du globe soit supérieure de plus de 1,5 °C aux niveaux préindustriels pendant au moins une année. Il y a 98 % de chances qu’au moins une des cinq prochaines années, et la période de cinq ans dans son ensemble, soit la plus chaude jamais enregistrée. En outre, la moyenne des précipitations prévues de mai à septembre 2023-2027, par rapport à la moyenne enregistrée de 1991-2020, indique une augmentation des précipitations au Sahel, en Europe du Nord, en Alaska et dans le nord de la Sibérie, ainsi qu’une réduction des précipitations pour cette saison sur l’Amazonie et certaines régions de l’Australie.
Au Ghana, les agriculteurs ne peuvent plus prédire les précipitations et doivent changer leur mode de travail
Au Ghana, les agriculteurs ont indiqué qu’il y a 30 ans, les pluies étaient constantes certains mois de l’année. Cela leur permettait de planifier et d’organiser leurs activités agricoles annuelles, car ils étaient en mesure de prévoir les pluies et le début de la saison agricole. Or les régimes de précipitations sont devenus très variables.
Cette situation a contraint les agriculteurs à abandonner le système de partage de main-d’œuvre, connu sous le nom de Nnoboa. Ce système repose sur le principe de l’entraide et permet de tisser des liens. Mais la variabilité des pluies a faussé les saisons agricoles et l’organisation du travail communautaire du Nnoboa. Les agriculteurs ont donc fait appel aux membres de leur famille nucléaire ou à des employés salariés. Cette approche de l’agriculture est beaucoup plus individualiste, en opposition avec la tradition communautaire.
Certes, les effets des changements climatiques ne sont pas connus de manière précise et il est important de rappeler que toutes les régions ne seront pas touchées de la même manière. Cependant, les effets prévus des changements climatiques qui augmenteront les risques de catastrophe sont les suivants :
- Sécheresses : le nombre de personnes souffrant de sécheresses extrêmes dans le monde pourrait doubler en moins de 80 ans, ce qui a des conséquences majeures sur les moyens de subsistance des populations rurales pauvres et peut également entraîner une augmentation des flux migratoires. Il y aura probablement une forte réduction des ressources naturelles en eau dans les deux tiers du monde, en particulier dans l’hémisphère sud.
- Élévation du niveau de la mer : les inondations côtières pourraient menacer des biens représentant jusqu’à 20 % du PIB mondial d’ici à 2100. La population des zones côtières a augmenté plus rapidement que la population mondiale. Les principales zones à risque d’inondation devraient se situer en Europe du Nord-Ouest et en Asie.
- Maladies infectieuses : d’ici à 2050, les moustiques porteurs de maladies à transmission vectorielle comme le paludisme pourraient toucher environ 500 millions de personnes. Le réchauffement planétaire a entraîné une diminution de la biodiversité, se traduisant par une augmentation de la transmission et de l’incidence des maladies. En raison des changements climatiques, de l’urbanisation et de la déforestation, les populations de chauves-souris et de rongeurs, qui sont responsables de 60 % des maladies transmises de l’animal à l’humain, se sont multipliées.
- Incendies de forêt : d’ici à 2030, la saison des incendies pourrait durer trois mois de plus dans les régions déjà exposées aux incendies de forêt. En Australie occidentale, par exemple, cela représenterait trois mois à fort potentiel d’incendie de forêt. Alors que le feu est un élément naturel de certains écosystèmes forestiers, le changement climatique aggrave les incendies de forêt et vice-versa, créant ainsi un cercle vicieux "boucle de rétroaction climat-incendie".
- Cyclones : bien qu’il soit difficile d’attribuer les cyclones tropicaux aux changements climatiques, on constate une forte augmentation des tempêtes dévastatrices. Avec un réchauffement planétaire de 2,5 °C, la fréquence de ces tempêtes pourrait doubler par rapport à aujourd’hui.
Vidéos sur le changement climatique et les risques


Dans son nouveau rapport publié le 20 mars 2023, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) résume les conclusions d’une série d’évaluations menées au cours des huit dernières années. Voici deux lectures essentielles des coauteurs de certains de ces rapports :
- Intensification des tempêtes et des inondations : dans son sixième rapport d’évaluation, le GIEC alerte sur l’intensification continue du cycle de l’eau à mesure que la planète se réchauffe. Cela comprend les précipitations extrêmes de la mousson, mais aussi l’augmentation de la sécheresse, la fonte accrue des glaciers de montagne, la diminution du manteau neigeux et la fonte plus précoce des neiges. Les précipitations annuelles moyennes devraient augmenter dans de nombreuses régions à mesure que la planète se réchauffe, en particulier dans les hautes latitudes.Sixième rapport d’évaluation du GIEC
- Plus le délai est long, plus le coût est élevé : plus les pays tardent à réagir, plus les dommages et les coûts pour les maîtriser sont importants. Selon une estimation de l’Université de Columbia, le coût de l’adaptation nécessaire pour les seules zones urbaines se situerait entre 64 et 80 milliards de dollars par an – et le coût de l’inaction serait dix fois plus élevé d’ici au milieu du siècle.
Que se passera-t-il si El Niño perturbe à nouveau le canal de Panama ?
Les risques associés aux aléas météorologiques sont concentrés de manière disproportionnée dans les pays en développement et, au sein de ces pays, parmi les groupes de populations les plus pauvres La pauvreté et l’accès limité aux moyens de production impliquent que les moyens de subsistance ruraux qui dépendent de l’agriculture et d’autres ressources naturelles sont vulnérables aux variations météorologiques et saisonnières, même légères.

L’impact des changements climatiques sur les zones rurales et urbaines est intimement lié. À mesure que la durabilité des moyens de subsistance ruraux diminue et que les risques de catastrophe augmentent, il est possible que l’on assiste à une augmentation de l’exode rural vers les villes. Dans les zones rurales, des sécheresses plus fréquentes et extrêmes, ainsi que des modifications des températures moyennes et des niveaux de précipitations, renforceront la pression sur ces moyens de subsistance déjà vulnérables.
« L’intensification du cycle de l’eau signifie que les extrêmes humides et secs et la variabilité générale du cycle de l’eau augmenteront, mais pas de manière uniforme sur l’ensemble du globe. »
Matthew Barlow

4 façons dont les risques climatiques traversent les frontières
Voies socio-économiques partagées (SSP)

Les trajectoires socioéconomiques partagées (shared socioeconomic pathways en anglais, SSP) font partie d’un nouveau cadre de scénarios, établi par la communauté de recherche sur les changements climatiques afin de faciliter l’analyse intégrée des futurs impacts climatiques, des vulnérabilités, de l’adaptation et de l’atténuation. Ces trajectoires ont été élaborées au cours des dernières années dans le cadre d’efforts communs et décrivent les principales évolutions mondiales plausibles qui poseraient ensemble plusieurs difficultés en matière d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à ceux-ci. Les SSP sont fondées sur cinq récits décrivant des alternatives d’évolutions socioéconomiques, notamment le développement durable, les rivalités régionales, les inégalités, le développement fondé sur les énergies fossiles et le développement intermédiaire. Chacun de ces récits est détaillé ci-dessous :
| SSP1 | Durabilité – La voie verte (difficultés minimes en matière d’adaptation et d’atténuation) Le monde s’engage progressivement, mais de manière généralisée, dans la voie du développement durable ; l’accent est mis sur un développement plus inclusif et respectueux de l’environnement. La gestion des biens à l’échelle mondiale s’améliore lentement, les investissements dans l’éducation et la santé accélèrent la transition démographique et l’accent mis sur la croissance économique tend à privilégier le bien-être humain. Grâce à un engagement croissant en faveur de la réalisation des objectifs de développement, les inégalités se réduisent à la fois entre les pays et au sein de ceux-ci. La croissance de la consommation de biens matériels est faible ; la consommation en ressources et en énergie diminue. |
| SSP2 | Au milieu de la route (difficultés moyennes en matière d’atténuation et d’adaptation) Le monde suit une voie sur laquelle les tendances sociales, économiques et technologiques ne s’écartent pas sensiblement des tendances historiques. Le développement et la croissance des revenus se font de manière inégale, certains pays progressant relativement bien tandis que d’autres ne répondent pas aux attentes. Les institutions mondiales et nationales s’efforcent d’atteindre les objectifs de développement durable, mais progressent lentement. Les systèmes environnementaux se dégradent, bien que l’on note certaines améliorations et que l’exploitation des ressources et de l’énergie diminue dans l’ensemble. La croissance démographique mondiale est modérée et se stabilise dans la seconde moitié du siècle. Les inégalités de revenus persistent ou ne s’améliorent que lentement, et les défis à relever pour réduire la vulnérabilité aux changements sociétaux et environnementaux demeurent. |
| SSP3 | Rivalités régionales – Un chemin escarpé (fortes difficultés en matière d’atténuation et d’adaptation) Le regain des nationalismes, les préoccupations en matière de compétitivité et de sécurité, et les conflits régionaux conduisent les États à se concentrer davantage sur des questions nationales ou tout au plus régionales. Les politiques évoluent au fil du temps et s’orientent de plus en plus vers les questions de sécurité nationale et régionale. Les pays privilégient la réalisation de leurs objectifs régionaux de sécurité énergétique et alimentaire au détriment d’une politique de développement plus large. Les investissements dans l’éducation et le développement technologique diminuent. Le développement économique est lent, la consommation matérielle est forte, et les inégalités persistent ou s’aggravent avec le temps. La croissance démographique est faible dans les pays industrialisés et élevée dans les pays en développement. La faible priorité accordée par la communauté internationale aux questions environnementales entraîne une forte dégradation de l’environnement dans certaines régions. |
| SSP4 : | Inégalités – Une trajectoire divisée (difficultés importantes en matière d’adaptation, mais minimes en matière d’atténuation)) Des investissements très inégaux dans le capital humain, associés à des disparités croissantes en termes d’opportunités économiques et de pouvoir politique, entraînent une augmentation des inégalités et de la stratification, tant entre les pays qu’au sein de ceux-ci. Avec le temps, un fossé se creuse entre une société connectée au niveau international qui contribue aux secteurs de l’économie mondiale à forte intensité de capital et de connaissances, et un ensemble fragmenté de sociétés à faibles revenus et peu instruites qui travaillent dans une économie à forte intensité de main-d’œuvre et à faible technologie. La cohésion sociale se dégrade, les conflits deviennent de plus en plus fréquents. Le développement des secteurs et de l’économie de la haute technologie est important. Le secteur de l’énergie, mondialement connecté, se diversifie, avec des investissements dans les combustibles à forte émission de carbone, comme le charbon et le pétrole non conventionnel, mais également dans les sources d’énergie à faible émission de carbone. Les politiques environnementales se concentrent sur les problèmes locaux dans les zones à revenus moyens et élevés. |
| SSP5 | Développement axé sur les combustibles fossiles – La voie rapide (difficultés minimes en matière d’adaptation, mais importantes en matière d’atténuation) Le monde fait de plus en plus confiance aux marchés concurrentiels, à l’innovation et aux sociétés participatives pour produire des progrès technologiques rapides et un développement du capital humain qui conduisent à un développement durable. Les marchés mondiaux sont de plus en plus intégrés. Des investissements importants dans la santé, l’éducation et les institutions sont également nécessaires afin de renforcer le capital humain et social. Dans le même temps, les politiques en faveur du développement économique et social vont de pair avec l’exploitation de ressources en combustibles fossiles abondantes et l’adoption de modes de vie à forte consommation d’énergie et de ressources dans le monde entier. Tous ces facteurs entraînent une croissance rapide de l’économie mondiale, tandis que la population mondiale atteint son plus haut point avant de diminuer au cours du XXIe siècle. Les problèmes environnementaux locaux tels que la pollution de l’air sont gérés avec succès. Il existe une confiance dans la capacité à gérer efficacement les systèmes sociaux et écologiques, y compris par la géo-ingénierie si nécessaire. |
Science de l'attribution
Qu'est-ce que la science de l'attribution ?
La science de l’attribution est un domaine de la climatologie qui étudie les liens entre les changements climatiques et les événements météorologiques extrêmes. Ce nouveau domaine de recherche en plein essor vise à estimer la manière dont les changements climatiques causés par les êtres humains affectent l’ampleur et la probabilité d’un événement. La science de l’attribution ne peut pas déterminer si les changements climatiques sont à l’origine d’un événement. En revanche, elle peut déterminer si les changements climatiques ont augmenté la gravité et la probabilité de survenue de certains événements extrêmes, et le cas échéant, dans quelle mesure.
Consulter d’autres ressources ici.
Approches pour renforcer la résilience
Il est important de faire la distinction entre les changements climatiques et les risques de catastrophe associés aux changements climatiques. Toutefois, à l’instar de tous les facteurs de risque, les changements climatiques sont étroitement liés à plusieurs autres facteurs de risque et doivent donc être traités en associant la réduction de ces autres facteurs. Si ces facteurs ne sont pas pris en compte, les risques de catastrophe continueront d’augmenter même si les changements climatiques sont efficacement atténués.
Les schémas de risques susceptibles d’être causés par les changements climatiques sont également liés à des facteurs tels que la croissance des établissements informels dans les zones exposées, le manque d’investissement dans les infrastructures de drainage et les défaillances de la gouvernance urbaine et locale. En nous attaquant à ces problèmes, nous pouvons renforcer la résilience aux changements climatiques.
Les changements climatiques sont devenus un secteur à part entière aux niveaux national, régional et international, avec des dispositions institutionnelles, un cadre mondial et des mécanismes de financement spécifiques. Depuis la formulation du programme de travail de Nairobi lors de la Conférence des Parties en 2006, une pléthore de stratégies, de cadres et de mécanismes de financement a certainement donné l’impression d’une convergence et d’une cohérence entre les programmes relatifs aux changements climatiques et ceux relatifs à la réduction des risques de catastrophe et au développement durable.
Les changements climatiques ne doivent pas inévitablement entraîner une augmentation des risques de catastrophe.
La réduction des risques de catastrophe et l’adaptation aux changements climatiques exigent la prise en compte des facteurs de risque sous-jacents.
UNDRR, 2009b
Vidéos sur la réduction des risques climatiques
Plusieurs pays comme les Philippines, le Viet Nam et d’autres pays de la région Pacifique ont su saisir l’occasion de fusionner efficacement la réglementation et les directives techniques ainsi que les cadres politiques et les budgets nationaux de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation aux changements climatiques. Toutefois, ces pays restent minoritaires et la plupart des politiques nationales, bien que citant l’autre domaine respectif, séparent clairement les concepts, les plans, les méthodologies, les lignes hiérarchiques, les responsabilités et les budgets, entre autres.
Renforcement de la sécurité alimentaire et de la résilience des communautés face aux changements climatiques mondiaux à Kiribati
À Kiribati, les marées royales, qui font naturellement partie du cycle des marées, sont de plus en plus longues et fréquentes, contaminant l’eau, détruisant les cultures et endommageant les infrastructures telles que les routes. En février 2015, une marée particulièrement haute a détruit la maternité de l’hôpital, le bloc sanitaire et une partie de la digue construite pour le protéger.
Le Gouvernement de Kiribati a élaboré et met actuellement en œuvre un plan complet sur neuf ans visant à améliorer l’adaptation aux changements climatiques et à réduire les risques de catastrophe. Ce plan, étroitement aligné sur la vision nationale du développement durable, définit l’amélioration de la sécurité hydrique et alimentaire, notamment par la promotion d’écosystèmes sains et résilients, comme l’une des 12 stratégies clés.
Dernière mise à jour le : 04 août 2025