Risque systémique
Le risque systémique est associé à des impacts en cascade qui se propagent au sein des systèmes et des secteurs (les écosystèmes, la santé, les infrastructures, le secteur alimentaire, etc.) ou de l'un à l'autre, sous l'effet des mouvements de personnes, de biens, de capitaux et d'informations à l'intérieur et au-delà des frontières (à l'échelle des régions, des pays et des continents). La propagation de ces impacts peut avoir des conséquences sur l'existence même de ces systèmes et provoquer leur effondrement successif. a mondialisation contribue au risque systémique qui concerne les populations du monde entier.
– Briefing Note on Systemic Risk (Note d'information sur le risque systémique), 2022
Les risques systémiques sont des risques qui impliquent plusieurs communautés, villes, régions ou pays, qui sont interconnectés, qui ont des effets incertains ou imprévisibles qui passent d'un système ou d'un réseau à un autre, et qui ont des résultats potentiellement dévastateurs tels que l'effondrement de systèmes entiers et la mise en danger de la société dans son ensemble.


Recent disasters that span countries, regions and societal systems have underscored the need for new understanding of the nature of more complex risks, and new approaches to their management.
La pandémie de COVID-19, les vagues de chaleur et les sécheresses, les éruptions volcaniques et les tsunamis, les incendies de forêt, les conflits et les crises de sécurité alimentaire ont tous mis en évidence les effets en cascade que peuvent avoir les aléas dans un monde globalisé, et ont souligné la nécessité d'adopter des approches systémiques pour réduire les risques de catastrophe dont les effets se répercutent sur l'ensemble des systèmes et des secteurs, des pays et des régions.
Pour faire face aux risques systémiques, il faut adopter une nouvelle approche en ne se focalisant plus sur des aléas uniques, mais en prenant en compte, dans l'ensemble des systèmes et des secteurs, des aléas multiples, interdépendants et composés. Cela implique d'élargir son travail à un grand nombre de domaines (science du climat, finance, santé, gestion des chaînes d'approvisionnement, etc.) et d'accepter un plus grand degré d'incertitude dans la gestion des risques, ainsi que de développer des systèmes d'alerte précoce multirisques.
La dimension mondiale du risque
L'économie mondialisée d'un monde interconnecté a créé des risques complexes et interdépendants. Les perturbations de l'approvisionnement en denrées alimentaires et de leur transport peuvent avoir des effets directs sur la sécurité alimentaire dans le monde entier. Les changements climatiques donnent lieu à des risques en cascade qui, en se superposant à des risques non climatiques, augmentent la probabilité des catastrophes.
Les perturbations du commerce mondial et des chaînes d'approvisionnement posent des risques systémiques qui peuvent menacer la sécurité économique et alimentaire. Le blocage d'un seul navire dans le canal de Suez en 2021 s'est traduit par des pertes de pas moins de 9 milliards de dollars par jour. Les infrastructures de transport essentielles telles que les routes, les ports, les canaux, les chemins de fer et les aéroports sont particulièrement exposées aux effets des aléas climatiques ; cela est vrai notamment si l'on considère l'élévation du niveau de la mer, mais aussi les inondations, les ouragans et les feux de forêt. Les interactions entre les perturbations qui touchent les infrastructures et d'autres aléas peuvent en outre avoir des effets dévastateurs.
« Au fur et à mesure que les effets des perturbations liées au climat, qui ne cesseront probablement pas de se multiplier et de s'intensifier, se propagent dans l'économie mondiale, les augmentations de prix et les pénuries de toutes sortes de biens — des produits agricoles à l'électronique de pointe — sont des conséquences probables [....].La forte hausse du coût d'expédition d'un conteneur à travers l'océan Pacifique à la suite de la pandémie — de 2 000 à 15 000 voire 20 000 dollars — nous laisse entrevoir ce qui pourrait nous attendre. »
— Leslie (2022)
Risques en cascade et risques composés
L'une des formes du risque systémique est le risque en cascade, lorsqu'un aléa peut déclencher des événements successifs qui génèrent des risques ayant un effet cumulatif et aggravant. Il y a aussi les risques composés, lorsque deux aléas indépendants se matérialisent simultanément, créant ainsi de nouveaux risques.
« Lors des incendies vraiment gigantesques que nous avons connus en Australie il y a deux ans, le feu a détruit les systèmes électriques. Le système bancaire s'est retrouvé paralysé, les gens n'ont plus pu se procurer de l'argent, le système de distribution d'essence a été bloqué… et le système de communication par téléphone portable a été bloqué… si bien que, même si les gens avaient de l'essence dans leur voiture, ils ne savaient pas où aller parce qu'ils ne savaient pas où étaient les incendies. Cela est un risque en cascade. » – Mark Howden, auteur du GIEC, s'exprimant lors de la Plateforme mondiale 2022 sur la RRC
Pendant la crise de la COVID-19, les risques associés aux aléas climatiques dans le monde ont été aggravés par les risques supplémentaires liés à la pandémie. Des pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, par exemple, ont lutté contre le virus en même temps que contre les sécheresses, les inondations et les cyclones.
Alors que la pandémie de COVID-19 faisait rage, la région a continué à subir les effets d'autres aléas naturels, de nature hydrométéorologique pour une bonne partie d'entre eux. Les confinements, les restrictions de déplacement et les autres dispositions d'endiguement imposés pour faire face à la COVID-19 ont interrompu de nombreuses mesures destinées à prévenir les aléas naturels, à y répondre et à s'en relever.
– CESAP (2022)
En février 2021, au Texas, une vague de froid et une tempête hivernale ont provoqué une défaillance systémique lorsque le réseau électrique de l'État a été surchargé par une forte demande de chauffage alors même que des infrastructures insuffisamment protégées contre les rigueurs de l'hiver ont cessé de fonctionner. Les pannes d'électricité qui en ont résulté ont déclenché une série d'incidents en cascade, touchant l'approvisionnement en eau, la distribution de nourriture, les services de santé et responsables d'au moins 264 décès.
Une infrastructure se conçoit aisément comme un ensemble d'éléments liés entre eux au sein d'un système – à l'image, par exemple, des centrales électriques reliées par des lignes électriques qui, à leur tour, permettent à des ménages individuels de se connecter. Les infrastructures sont également liées entre elles : les services d'électricité, d'eau et d'assainissement interagissent notamment de manière dynamique. Lorsqu'un service tombe en panne – ou s'il est simplement fortement sollicité – le fonctionnement des autres services en est altéré. Les défaillances au Texas ont commencé par un pic de la demande d'électricité et ont conduit à une rupture de l'approvisionnement en produits de première nécessité…
Au début de l'année 2022, la sécurité alimentaire mondiale a été menacée par des risques systémiques, des vagues de chaleur en Asie du Sud et le conflit en Ukraine compromettant gravement la disponibilité des céréales dans le monde entier et faisant augmenter leur prix.
Les vagues de chaleur qui ont frappé l'Inde au début de l'année 2022 ont coïncidé avec la période critique du stade laiteux et du stade du remplissage des grains de blé à la mi-mars. Cela a provoqué une chute de 10 à 15 % des rendements dans le pays, la production prévue pour 2022-23 passant de 110 à 99 millions de tonnes. Les risques liés à la sécurité alimentaire et la hausse soudaine des cours mondiaux du blé en raison d'une pénurie d'approvisionnement ont conduit le gouvernement indien à interdire les exportations de blé dans une large mesure, certaines exceptions étant acceptées pour des pays voisins ou pour soutenir les efforts d'autres pays dans le cadre de la mise en œuvre de leurs politiques nationales de sécurité alimentaire. Par ailleurs, le conflit entre la Russie et l'Ukraine a également perturbé les exportations de blé de la région de la mer Noire.
– Srivastava, Sarkar-Swaisgood, Dubey et al. (2022)
COVID-19
L'expérience de la pandémie de COVID-19 peut fournir des enseignements importants pour la gouvernance des risques dans un contexte où les aléas sont multiples, et apporte des enseignements sur la manière de réduire l'impact de l'urgence climatique.
– Concept Note: COVID-19 and Systemic Risk (Note de cadrage : COVID-19 et risque systémique), UNDRR (2021)
La pandémie de COVID-19 a attiré l'attention sur la nature systémique du risque. La propagation du virus à travers le monde a touché toutes les composantes de la société – avec des conséquences dramatiques sur l'emploi, le commerce international, l'approvisionnement alimentaire – et a nécessité l'adoption d'une approche coopérative et systémique de la gestion des risques.
Cette complexité fragilise la gouvernance et justifie, pour prévenir les situations d'urgence, s'y préparer, y répondre et s'en relever, la nécessité de substituer aux mécanismes axés sur des aléas uniques une approche multirisque et systématique. Cela est d'autant plus vrai que les effets du changement climatique deviennent de plus en plus visibles.
– Concept Note: COVID-19 and Systemic Risk (Note de cadrage : COVID-19 et risque systémique), UNDRR (2021)
Une menace pour le développement durable
Les effets systémiques des aléas climatiques (inondations, sécheresses, tempêtes, etc.), aggravés par des crises non climatiques de portée mondiale (conflits, pandémies, perturbations économiques, etc.), menacent de réduire à néant de précieux acquis en matière de développement.
Sécurité alimentaire en Somalie
En Somalie, près de 70 % des 15,4 millions d'habitants vivent dans la pauvreté. Les déplacements internes et conflits récurrents dont le pays est le théâtre depuis de nombreuses années constituent des risques systémiques qui aggravent les vulnérabilités du système alimentaire liées à la sécheresse et à d'autres aléas. Après la sécheresse de 2016, le pays a connu une reprise économique jusqu'en 2018, mais le triple choc de la pandémie de COVID-19, d'inondations et d'une invasion de sauterelles a assombri les perspectives économiques à la mi-2021. La figure met en évidence les aspects systémiques de la sécurité alimentaire en Somalie et leur complexité.
Source :Bilan mondial sur la réduction des risques de catastrophe (2022), tiré de Thalheimer et al. (2022)
De nouvelles approches sont nécessaires
Pour changer de cap, de nouvelles approches sont nécessaires. Cela nécessitera des transformations dans les valeurs des systèmes de gouvernance et dans la manière dont le risque systémique est compris et abordé. Nos efforts seront vains sans changement de cap.
– Bilan mondial sur la réduction des risques de catastrophe (2022)
Le Bilan mondial sur la réduction des risques de catastrophe (2022) de l'UNDRR appelle à une approche systémique de la gouvernance des risques :
« [...] face aux risques systémiques mondiaux, les systèmes de gouvernance doivent évoluer rapidement et reconnaître que les défis économiques, environnementaux et égalitaires ne peuvent plus être envisagés séparément… Dans le contexte du risque systémique, les structures causales complexes, les évolutions dynamiques et les effets en cascade ou composés doivent être pris en compte dans la gouvernance. »
Le Bilan mondial sur la réduction des risques de catastrophe lance un appel à l'action en trois points pour faire face aux risques systémiques :
- Mesurer ce que nous valorisons
- Concevoir des systèmes qui tiennent compte des mécanismes cognitifs et mentaux à l’œuvre dans les décisions en matière de risque
- Dépasser la compartimentalisation par des systèmes de gouvernance et financiers reconfigurés et élaborés avec les personnes concernées
Dernière mise à jour le : 12 janvier 2024
