Pertes directes et indirectes
Les pertes directes dues aux catastrophes sont des pertes directement quantifiables, telles que le nombre de personnes tuées et les dommages causés aux bâtiments, aux infrastructures et aux ressources naturelles. Les pertes indirectes comprennent quant à elles la baisse de la production ou des revenus ainsi que l'impact sur le bien-être des personnes, et découlent généralement des perturbations qui touchent la circulation des biens et des services à la suite d'une catastrophe.
Adapté de Understanding Risk: Evolution of Disaster Risk Assessment (Comprendre le risque : évolution de l'évaluation des risques de catastrophe) – GFDRR, 2014 – et du Bilan mondial 2015 de l'UNDRR

Les pertes économiques dues aux catastrophes telles que les tremblements de terre, les tsunamis, les cyclones et les inondations se chiffrent aujourd'hui, tous risques confondus, à un montant de 250 à 300 milliards de dollars É.-U. en moyenne annuelle. Les pertes futures (pertes annuelles attendues) causées par les tremblements de terre, les tsunamis, les cyclones et les inondations sont à ce jour estimées à 314 milliards de dollars É.-U. pour le seul environnement bâti. Il s'agit du montant que les pays devraient mettre de côté chaque année pour couvrir les pertes dues à de futures catastrophes.
UNDRR, 2015a
The invisible toll of disasters (Le bilan invisible des catastrophes)
Les pertes dues aux catastrophes et couvertes par les assurances sont estimées au montant impressionnant de 120 milliards de dollars É.-U. — mais elles ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. Visitez cette page pour en savoir plus.
Qu'entend-on par « pertes dues aux catastrophes » ?
L'effet d'une catastrophe sur les personnes, les bâtiments et la société est désigné par le terme d'impact. Les pertes (le fait d'être privé de quelque chose) sont une mesure (quantifiée ou non) des dommages ou des destructions causés par une catastrophe. L'impact d'une catastrophe peut cependant avoir des conséquences bien plus étendues. Les impacts plus larges recouvrent les effets sociaux et économiques sur le long terme, notamment dans le domaine de l'éducation, de la santé et de la productivité. Ces effets peuvent se ressentir à l'échelle macroéconomique. Outre des pertes, les catastrophes peuvent également générer des gains pour certaines personnes et économies. La demande en matériaux de construction et les besoins d'expertise à la suite d'une catastrophe peuvent, par exemple, faire prospérer le secteur de la construction. Il est donc nécessaire d'envisager les catastrophes en considérant à la fois les impacts et les pertes.
Les termes « pertes » et « dommages » sont souvent utilisés de manière interchangeable. Dans le contexte des ensembles de données sur les pertes dues aux catastrophes, les pertes sont des mesures quantifiables, exprimées en termes monétaires (représentant, par exemple, la valeur marchande ou la valeur de remplacement) pour les actifs physiques, ou en nombre de morts et de blessés. « Dommages » est un terme générique qui n'est pas nécessairement quantifié, ce qui ne veut pas dire que les dommages ne peuvent pas être mesurés ni exprimés en tant que pertes. Les dommages causés à un toit peuvent, par exemple, être traduits en termes monétaires (le coût des réparations), qui peuvent à leur tour être inclus dans des ensembles de données sur les pertes.
Les pertes directes et indirectes résultant d'une catastrophe font la distinction entre les pertes immédiates et les pertes différées. Les pertes directes correspondent à l'impact physique ou structurel de la catastrophe, tel que la destruction d'infrastructures sous l'effet de vents violents, d'inondations ou de secousses du sol. Les effets indirects sont les résultats ultérieurs ou secondaires de la destruction initiale, tels que les pertes liées à l'interruption de l'activité économique.
Une prise en compte complète de toutes les pertes directes, indirectes et immatérielles produirait des estimations de pertes beaucoup plus élevées que les pertes directes, celles-ci étant plus facilement quantifiables et correspondant à celles que l'on retrouve généralement dans les rapports.
GFDRR, 2014a
De nombreuses pertes sont difficiles à quantifier. La destruction de sites culturellement importants par une catastrophe provoquée par un aléa naturel est un exemple de pertes directes qu'il n'est pas aisé de chiffrer. La valeur de remplacement ou la valeur marchande réelle de ces sites et de leurs constructions ne tiennent pas compte de leur portée sociale et culturelle ni des services qu'ils fournissent aux collectivités. Les dommages subis par ces actifs plus difficiles à valoriser sont parfois définis comme des « pertes intangibles ». Par conséquent, les bases de données sur les pertes dues aux catastrophes tiennent rarement compte des impacts psychologiques (stress post-traumatique), culturels et environnementaux (contamination de l'eau potable, intrusions salines, etc.).

Représentation visuelle des pertes directes/indirectes et quantifiables/non quantifiables.
UNDRR (créé à l'aide de Piktochart)
Pourquoi est-il important de s'intéresser aux pertes directes et indirectes ?
Bien qu'il soit difficile de calculer une valeur globale, des données au niveau des pays indiquent que le montant des pertes indirectes peut dépasser les coûts directs, en particulier si la résilience économique est faible. Les pertes directes subies par l'environnement bâti lors du tremblement de terre d'Haïti en 2010 ont représenté 80 % du total des pertes directes, mais seulement 47 % du total des pertes (pertes directes et indirectes confondues). Cependant, les pertes indirectes et les effets plus larges des pertes dues aux catastrophes pour les ménages et les communautés à faibles revenus sont rarement pris en compte.
Cela s'explique principalement par le fait qu'il peut être difficile, malgré leur importance, d'anticiper et de quantifier les pertes indirectes potentielles. Le tremblement de terre et le tsunami de Tohoku en 2011 au Japon, et les inondations en Thaïlande offrent des exemples des impacts indirects mondiaux que peuvent avoir des événements locaux. Bien que le tsunami japonais ait été beaucoup plus spectaculaire et ait fait l'objet d'une couverture médiatique exceptionnelle, les dommages causés à l'échelle mondiale par les inondations en Thaïlande sur les chaînes d'approvisionnement industrielles ont été bien plus importants.
Comment mesurer les pertes directes et indirectes ?
La comptabilisation des pertes dues aux catastrophes est un premier pas vers la prise en charge et l'évaluation des risques de catastrophe. Les pertes liées aux catastrophes passées nous permettent de dégager des tendances, notamment pour ce qui concerne les aléas les plus fréquents, et de poser des questions comme celles-ci :
- Les dépenses de réduction des risques de catastrophe ont-elles un impact sur l'évolution des pertes ?
- Les efforts de réduction des risques de catastrophe sont-ils efficaces ?
- L'augmentation de la population s'accompagne-t-elle d'une hausse des pertes ?
- Les changements climatiques ont-ils une incidence sur les pertes ?
L'ampleur des pertes dues aux catastrophes n'est cependant toujours pas bien évaluée, car les informations sur ces pertes sont souvent incomplètes, incohérentes voire non formellement consignées. Ces informations tendent en outre à ne représenter que les pertes directes.
Afin d'identifier les principaux aléas, de distinguer les zones où les pertes sont importantes et d'établir les tendances qui caractérisent les pertes dans l'espace et dans le temps, les pertes dues aux catastrophes doivent être systématiquement évaluées, documentées et archivées, idéalement de manière exhaustive. En suivant ce principe, tous les rapports sur les pertes devraient être contenus dans un système unique, mais la réalité est que, selon leur mandat et leurs domaines d'intervention, les agences nationales ne documentent (le plus souvent) qu'une partie des aléas et/ou des pertes. Les instituts géologiques ont tendance à se concentrer sur les tremblements de terre, les mouvements de masse, les tsunamis et les activités volcaniques, les aléas hydrologiques et climatiques relevant quant à eux des organismes météorologiques nationaux. Ainsi, dans la plupart des pays, les données sont collectées séparément en fonction de la nature des aléas ou des facteurs déclenchants. Les sources internationales de données sur les pertes, et en particulier la base de données EM-DAT et Desinventar, se sont révélées extrêmement utiles pour les praticiens et ceux qui effectuent des recherches au niveau mondial ou régional, car les données sont relativement homogènes.
La compilation et la mise à disposition d'estimations de pertes par le biais d'une base de données dédiée (également appelée inventaire) posent de nombreuses difficultés, en particulier lorsqu'il s'agit de consolider des estimations contradictoires provenant de sources multiples. Au final, selon les sources de données, le type d'informations collectées et la nature des aléas documentés, la plupart des inventaires de pertes sont plus ou moins biaisés.
Si les données historiques sur les pertes peuvent expliquer le passé, elles ne constituent pas nécessairement une référence fiable pour se projeter dans le futur.
UNDRR, 2015a
La plupart des données relatives aux pertes ne tiennent pas compte des catastrophes plus petites et plus fréquentes correspondant aux risques extensifs. Ces pertes sont supportées par les personnes touchées, ce qui aggrave la pauvreté. Cependant, de plus en plus de bases de données nationales sur les catastrophes permettent d'accéder à des données détaillées sur les pertes (voir UNDRR, 2015a). Parallèlement, pour ce qui est de prévoir les pertes futures, les données sur les pertes passées ne peuvent pas rendre compte de l'ensemble des pertes susceptibles de se produire, en particulier dans le cas des pertes liées à un risque intensif, car de nombreuses catastrophes susceptibles de se produire ne se sont pas encore produites. La prévision des pertes futures nécessite donc la simulation probabiliste des événements futurs, telle que celle qu'a adoptée l'UNDRR dans son Bilan mondial de 2015.
Que pouvons-nous faire ?
Une bonne compréhension des causes des pertes, de ce qui les favorise ainsi que de leurs implications sociétales, environnementales et économiques permet aux communautés de passer d'une approche réactive à une approche proactive de la gestion des aléas et des risques de catastrophe. Comprendre ces processus contribue au renforcement des stratégies et des activités visant à réduire les risques de catastrophe.
Les inventaires des pertes sont des outils au service d'une approche responsable et transparente de la réduction des risques de catastrophe. Ces inventaires établissent une base de référence pour le suivi du niveau d'impact sur une collectivité ou un pays. L'impact des différents aléas devient quantifiable, ce qui permet aux communautés de concentrer leurs efforts de réduction des risques de catastrophe sur les principaux aléas plutôt que sur la dernière catastrophe. Les ressources peuvent être allouées par collectivité ou par type d'aléa, et être utilisées en donnant la priorité aux zones très exposées (points chauds) et/ou en se concentrant sur un aléa particulier. Ne se fier qu'aux données historiques sur les pertes peut toutefois conduire à sous-estimer le risque. Une approche probabiliste utilise des événements passés, la connaissance des experts et la théorie pour simuler des événements qui peuvent se produire physiquement, mais qui ne sont pas documentés dans les archives. Elle permet ainsi de disposer d'une image plus complète de l'ensemble des risques futurs que celle que fournissent les données historiques.
Dernière mise à jour le : 18 janvier 2024
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